Résumés des séances précédentes

Séance du 16 octobre 2021

La ligne de démarcation dans le Jura, une frontière à travers la France

Le Jura est le seul département franc-comtois traversé par la ligne de démarcation. Figurant dans les clauses de l’armistice du 22 juin 1940 entre la France et l’Allemagne nazie, elle est mise en place en juillet 1940. En divisant ainsi la France en deux, elle permet à l’Allemagne de s’épargner une occupation trop coûteuse en effectifs et de conserver un puissant moyen de pression sur le gouvernement français de Vichy. Sévèrement surveillée et contrôlée, la ligne de démarcation n’est pas pour autant infranchissable comme en témoignent les dizaines de laisser-passer accordés chaque jour aux populations frontalières par les autorités allemandes. Cependant, les conditions de passage sur le plan général ou local dépendent du bon vouloir de l’occupant qui les assouplit ou les durcit selon ses intérêts. C’est le cas pour les Juifs interdits d’entrée en zone occupée et pour les réfugiés de l’exode de 1940 en provenance du nord-est de la France, un territoire proclamé zone interdite et destiné par les nazis à devenir une zone de peuplement allemand, qui se voient interdire le retour chez eux. La ligne de démarcation est supprimée au 1er mars 1943, n’ayant plus de raison d’être après l’occupation de la zone « libre » en novembre 1942 à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord.

Les franchissements clandestins

Les contraintes imposées par les autorités allemandes au passage de la ligne de démarcation et l’intensification des persécutions en zone occupée conduisent des milliers de personnes à tenter son franchissement clandestinement, de la zone « libre » vers la zone occupée ou de la zone occupée vers la zone « libre ». Sans connaissance de la géographie locale ou des points de surveillance, elles doivent recourir à des passeurs locaux ou extérieurs à la région, désintéressés ou opportunistes qui en font un commerce très lucratif. Le passage n’est pas sans risques et les arrestations par les patrouilles allemandes sont nombreuses, notamment à partir de février 1941 où les militaires allemands qui surveillaient la ligne sont remplacés par un corps spécialisé de douaniers bien plus efficace. La répression du passage clandestin s’intensifie et se durcit, les peines encourues s’alourdissent, allant jusqu’à trois semaines d’emprisonnement avant d’être refoulés pour les passagers et jusqu’à plus de trois ans pour les passeurs. Les autorités françaises de Vichy n’interviennent pas pour empêcher les passages clandestins vers la zone occupée au nom de la libre circulation des Français sur le territoire national, voire elles encouragent les passeurs quand il s’agit de prisonniers de guerre évadés cherchant à rejoindre la zone « libre ». En revanche, elles mettent la ligne de démarcation au service de la politique discriminatoire du régime de Vichy en surveillant les passages, traquant et arrêtant ceux qu’elles considèrent comme « indésirables », les communistes, les étrangers et surtout les Juifs qu’elles internent dans des camps ou qu’elles refoulent en zone occupée à la merci de la répression nazie. Elles sanctionnent également les passeurs qui leur ont permis d’entrer clandestinement en zone « libre ». Malgré la suppression de la ligne de démarcation le 1er mars 1943, plusieurs réseaux et filières continuent de fonctionner bénévolement pour venir en aide aux pourchassés de toutes sortes, aux agents de la Résistance et aux aviateurs alliés jusqu’à la Libération.

Emmanuel Pauly

Professeur d’Histoire-Géographie

au collège Saint-Exupéry de Lons-le-Saunier

Vous trouverez sur le site des Archives départementales le dossier de support pédagogique réalisé par Emmanuel Pauly à l’adresse suivante Supports pédagogiques – Mnesys (archives39.fr)

Séance du 20 novembre 2021

LE CLERGÉ CONSTITUTIONNEL JURASSIEN (1795-1802)

Vincent PETIT

Nous ne prétendons pas donner ici une étude globale sur le clergé pendant la Révolution française mais une analyse brève d’un groupe social, en l’occurrence le clergé du diocèse du Jura, dirigé par Mgr Moïse, élu le 27 mars 1791 en vertu de la Constitution civile du clergé, et dans une période bien déterminée, de la proclamation de la liberté des cultes en 1795 à l’application du Concordat entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII. Après une mise au point archivistique et méthodologique portant sur la constitution de notre corpus (266 ecclésiastiques ont servi dans le diocèse du Jura entre 1795 et 1801), nous nous attacherons à exposer trois moments de l’action pastorale de ces prêtres restés fidèles aux principes de la Constitution civile du clergé : la difficile reprise de l’exercice du culte en 1795, l’organisation d’un synode diocésain en 1797 et enfin l’intégration, partielle et délicate, au sein du clergé concordataire en 1801-1803. 

La nouvelle stature du peintre jurassien Claude François Joseph Michaud

(Foncine-le-Haut, 1800-Besançon, 1879)

Sylvie de Vesvrotte

C’est au projet stimulant de redonner une envergure et tout simplement une existence légitime à un nouveau peintre du Jura, que cette recherche a aspiré.

Claude-François-Joseph Michaud ouvre le XIXe siècle par sa naissance à Foncine-le-haut le 1er janvier 1800. Il décèdera à Besançon le 29 octobre 1879.

C’est un artiste qui suit une formation académique, couronnée de succès à l’École spéciale de peinture, sculpture et architecture de Dijon, sous la direction d’Anatole Devosge. Son parcours entre 1822 et 1827 est attesté par les prix dont il est lauréat. Par la suite, il est passé par l’atelier parisien du peintre d’histoire Louis Hersent (1777-1860), comme il tint à le rappeler dans le livret de l’exposition universelle de Besançon.

Après quelques années passées à Dijon, il regagne le Haut-Doubs (Chaux-Neuve) et, célibataire, s’intègre dans le cercle familial de sa sœur Marie-Josèphe (1804-1884), épouse de l’horloger Marie-Désiré-Basile Comte (1813-1894), fixé à Arbois puis à Besançon.

Son œuvre identifiée est partielle et a toute chance de s’étoffer probablement entre le Jura, le Doubs et la Haute-Saône. Elle se constitue de tableaux religieux, de portraits, mais l’on sait également que C-F.-J. Michaud pratique le paysage et la peinture animalière, dont les expositions de la Société des Arts de Besançon se font écho entre 1862 et 1877.

Cependant Claude-François-Joseph Michaud n’a pas mené la carrière en Franche-Comté à laquelle il pouvait prétendre par son talent.

S’il n’a pas « essaimé » dans nombre de paroisses comme le fit par exemple le peintre Xavier Bourges – son contemporain -, c’est probablement parce qu’il n’est pas soutenu par un réseau solide et pratiquant l’évergétisme. Il se heurte aussi dans les années 1830-1860, aux nouvelles pratiques de commande de l’équipement mobilier des églises fraichement construites et fournies « clés en main » aux communes. Certains entrepreneurs ou architectes proposent jusqu’aux tableaux qui vont garnir les autels, sous-traités à des artistes plus ou moins compétents, et qui ne les signent pas.

Parmi les belles réussites de Michaud, deux tableaux pour l’église de Prénovel peints en 1829 représentant la Remise du rosaire et Saint Augustin écrivant sous la dictée de l’ange. Peintures en pleine pâte, inspirées, aux expressions vraies et à la gamme de tons chauds, contrastés. Citons aussi un impressionnant Saint Martin protégeant la ville de Quingey, de 1840. Au premier regard, le tableau est étonnant par l’archaïsme de sa composition, mais la figure sacrée acquiert ainsi une force impressionnante contenue toute entière dans son regard singulier.

Séance du 18 Décembre 2021

Quelques jalons pour une histoire de Villette, entre l’Antiquité et le début du XVIe siècle

Jacky Theurot

Villette, village dynamique à la porte de Dole, riverain de la forêt de Chaux, ourlé au sud par le lit de la Clauge – qui peut être capricieuse – mérite que l’on jette un regard à son histoire car il a bien des points communs avec d’autres sites médiévaux. La saisie d’une communauté villageoise en ces temps médiévaux n’est pas aisée, car les traces archéologiques et textuelles, dispersées et discontinues, ne sont pas nombreuses et il est parfois difficile de donner vie à un tel territoire. Son positionnement entre « val louais » et plaine du Doubs, non loin du Finage, sa traversée par l’axe transjuran, axe dynamique détourné par le comte au XIIe siècle, explique la construction de la grande motte à l’origine du village, même si pendant une courte période (Mahaut), Villette fut intégrée à la châtellenie de Gevry avec Crissey. La communauté rejoignit finalement la châtellenie de Dole, comme le montrent les comptes de bailliage (comptes généraux et comptes de gruerie), créant un lien particulier avec Dole, ses habitants étant sollicités au titre de la corvée lors de chantiers engagés par le prince à Dole (charrois de matériaux pour le château). Les habitants disposent de biens de part et d’autre, le chapitre collégial de Dole jouit de rentes en ce territoire, la communauté de Villette relevant au plan paroissial de Goux, dès l’origine. Les événements majeurs du Moyen Age – développement de la féodalité, emprise comtale, perturbations liées aux misères des temps (temps, peste, guerres), influence de la capitale – ont un écho ici. Ce propos est de rassembler la documentation, sachant que des lacunes sont possibles, de sorte que nous parlerons d’« éclats d’histoire », de « jalons », ce qui n’enlève rien à la quête engagée et à l’intérêt de cette histoire villageoise qui n’a de sens que par rapport à un large territoire avec lequel elle a tissé des liens depuis longtemps. La quête est à poursuivre pour les temps postérieurs.

La Percée de la Faucille. Histoire d’une vieille idée

Marc Forestier

Les passages propices au roulage pour le franchissement de la chaîne du Jura sont peu nombreux. Sur l’axe Paris-Genève, le col de La Faucille est celui qui intéresse historiquement le département du Jura. Mais son altitude relativement élevée et ses versants escarpés le rendaient peu commode en hiver. Pour s’affranchir de l’encombrement des neiges, l’idée de la percée de la Faucille a donc émergé, dès le XVIIIe siècle. Plusieurs projets de tunnels routiers ont été élaborés dans la première moitié du XIXe entre la vallée de la Valserine et le Pays de Gex. Puis les enjeux des relations ferroviaires internationales ont amené le projet d’un tunnel de Saint-Claude au Pays de Gex, sur l’axe Paris-Milan. À travers une galerie de portraits de leurs promoteurs ou ingénieurs, Marc Forestier présentera les projets successifs, régulièrement débattus depuis le milieu du XIXe siècle, jusqu’à s’inviter en 2021 dans la campagne des élections départementales du Jura. Il exposera en conclusion les raisons pour lesquelles aucun de ces projets n’a abouti.

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