Séances 2020

Le samedi 22 février 2020 au château àVerges

Compte rendu de la présidente

Une belle séance réussie. Beaucoup de monde s’est pressé à Verges par un temps printanier ! Deux conférences appréciées. Alain Fabry, le propriétaire des lieux, a raconté l’histoire de son château et nous a même montré une meurtrière à rotule. Claude Isabelle Brelot avec « Les domestiques au château » nous a donné un grand moment d’histoire sociale au dix-neuvième siècle. Monsieur et Madame Fabry ont convié l’assemblée à un pot d’amitié avec beaucoup de gentillesse, qu’ils en soient remerciés !

Présentation des communications

Les domestiques des châteaux (Jura, XIXe siècle)

par

Claude-Isabelle Brelot

L’histoire de la domesticité est un sujet délicat, voire polémique, tant elle est biaisée par les fantasmes d’une vision noire comme par les arguments d’une vision rose. Elle est cependant possible. Elle a pris pour point de départ les listes des serviteurs conservées dans les archives privées, complétées par les tables décennales de l’état civil et par les actes de l’état civil, puis par les listes nominatives de recensement, enfin par les matrices cadastrales, les déclarations de succession et les minutes notariales. Ainsi a été constituée une base de données rassemblant les biographies sociales de quelques centaines de domestiques de la noblesse jurassienne.

Au château d’Arlay, qui est en 1829 et 1830 la propriété du prince Pierre d’Arenberg, la domesticité est assez différente de ce qu’elle sera dans les villes de la Belle Époque. Elle est exceptionnellement nombreuse, avec 20 personnes. Elle est toute imprégnée de ruralité, les ménages des domestiques étant souvent pluri-actifs et engagés dans une petite activité agricole ou viticole. Elle est plus masculine que féminine, à 80%. Elle est plutôt bien alphabétisée. Enfin, majoritairement stable, quelquefois endogame ou embauchée par transmission héréditaire, elle bénéficie de la protection du prince d’Arenberg, qui règle les frais funéraires de ceux qui meurent en fonction et qui assure une pension de retraite aux plus fidèles. Loin de constituer un prolétariat rural, elle vit dans une petite aisance. Des liens affectifs existent entre maîtres et serviteurs, dont certains, nés au château, sont qualifiés d’« enfant de la maison ». Des scandales, toutefois, se nouent autour du personnel. À Montmirey-la-ville, le régisseur, pourtant engagé comme tel à la suite de son père, est congédié en 1908 après que son beau-père ait conduit une stratégie qui amène au conseil municipal une majorité républicaine hostile au baron d’Aligny. À Villette-les-Dole, en 1923, une jeune femme, cousine de la Ligue patriotique française, association qui relève du catholicisme intransigeant, quitte le château de ses parents pour épouser en Normandie le cocher dont elle s’est amourachée.

Au terme de l’étude, c’est le caractère fermé du marché d’emploi des domestiques des châteaux qui frappe. Au gré des recommandations des châtelains et de leur cycle de vie, les serviteurs vont de château en château – à moins qu’ils ne redeviennent paysans au village, une fois leur jeunesse passée.

Alain Fabry, Présentation historique du château de Verges et de ses particularités architecturales

L’essentiel de son intervention est à retrouver dans son ouvrage :Le château de Verges, hier et aujourd’hui par Alain Fabry, éditions Aéropage.

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