Séances 2021

La séance du17 avril 2021 n’ayant pu se tenir, la conférence de Monsieur Vandais sur l’évolution du territoire en 1764 au travers les relations conflictuelles entre les villes d’Arbois et Salins en vue de la réhabilitation du chemin Vinetier vous sera présentée en 2022

Séances du 19 juin 2021

L’étonnant destin de Maria-Adèle Lardanchet (1848-1921)
mariée à Desnes en 1890
au diplomate, général et premier écrivain francophone chinois
Tcheng-ki-Tong (1851-1907)
engagée à Shanghaï en 1898 dans le mouvement de réforme féministe.

Par Vincent Claustre

Le samedi 12 avril 1890 a été célébré à Desnes un mariage ayant fait sensation, celui d’une fille de paysans du village, Maria-Adèle Lardanchet, avec le diplomate, général et premier écrivain francophone chinois Tcheng-ki-Tong, premier secrétaire de la légation chinoise, installée à Paris en 1878. L’évènement a été rapporté par plus d’une trentaine de titres de la presse parisienne et provinciale, et même étrangère.

Comment s’étaient-ils rencontrés ? Qu’est devenu leur couple ? C’est à ces deux questions que nous proposons répondre.

Leurs trajectoires se sont d’abord croisées à Fuzhou en Chine (Fou-Tcheou selon l’ancienne graphie française). Maria Lardanchet avait été recrutée en 1876, à 27 ans, pour servir de dame de compagnie à la jeune épouse et aux futurs enfants de Prosper Giquel, fondateur de l’arsenal de Fuzhou, à l’époque le plus gros complexe industriel d’Asie (hors Japon), doublé d’une académie navale formant en français des ingénieurs en génie maritime.

Le jeune Tcheng-ki-Tong (Chen Jitong, selon la graphie actuelle), qui avait intégré la première promotion de cette académie navale, est devenu un assistant très proche de Giquel, l’accompagnant dans sa tournée en Europe pour placer de jeunes chinois en formation. Après avoir complété sa formation à Paris à la faculté de droit et sciences po, il a entamé une carrière diplomatique à Berlin, puis Paris. Il y est devenu le chinois le plus célèbre, grâce en particulier au succès littéraire de plusieurs ouvrages sur la Chine rédigés en français et dans un style littéraire apprécié à l’époque.

Maria est venue le rejoindre en 1884 à Berlin, puis Paris. Elle est considérée sur certains actes comme « demoiselle de compagnie ». Le mariage à Desnes, le premier entre un fonctionnaire chinois et une occidentale, a officialisé cette liaison.

Accusé d’opérations financières douteuses, Jitong est démis en 1891 de ses fonctions et rappelé en Chine pour y être jugé. Il embarque avec son épouse Maria, accompagnée, dixit la presse, d’une nièce. En fait une jeune maîtresse de Jitong qui vient de lui donner un fils. Les deux femmes ont l’air de bien s’entendre. Maria semble donc s’être moulée dans le modèle matriarcal chinois, vanté par Jitong dans ses écrits. Débarquée en tenue chinoise à Fuzhou, elle s’intégre dans le clan familial des Chen, s’approprie le nom et le titre aristocratique de la première épouse de Jitong, Lai Mayi, Dame de première classe à titre impérial, et s’attèle avec ses belles-sœurs, de vraies lettrées chinoises, à l’éducation bi-culturelle des filles nées de la première épouse de Jitong, devenues ses propres filles, et autres filles de la maisonnée. Pendant ce temps, Jitong, d’abord mis aux arrêts, confortablement, chez son ami le vice-roi de Tien-Tsin, puis blanchi, s’est ensuite lancé dans diverses entreprises, dont la création avec un ami d’une république de Formose pour lutter contre l’invasion japonaise, une tentative vite écrasée.

La famille s’est installée en 1895 à Shanghaï, rejointe par celle de son frère puîné. Ils et elles vont y jouer un rôle actif dans le mouvement de réforme de 1898 et participer, en particulier, à une vaste campagne pour l’éducation des femmes, en organisant la première association de femmes chinoises, en créant la première école pour filles véritablement chinoise et en publiant le premier journal de femmes chinoises (the Chinese Girl’s Progress). Maria a contribué à l’organisation de la première réunion de la Société des femmes, accueilli chez elle le bureau de son comité directeur. Elle a été élue l’une des deux surintendantes de l’Ecole des filles. 

Ses filles adoptives s’étant mariées et Tcheng-ki-Tong étant décédé à Nankin en 1907, Maria est revenu en France. Elle est recensée en 1911 à Lons, domiciliée au 10 de la rue Lafayette. Elle y vit avec une jeune nièce qui se mariera en 1919 avec le petit fils, tout juste démobilisé, de l’une de ses connaissances. Elle y décède le 10 mai 1921. Son décès a été déclaré sous son nom matrimonial Veuve Tcheng-ki-Tong. Ses obsèques ont été célébrés en l’église de Desnes sous son nom de jeune fille.

Militantes jurassiennes de la mouvance communiste ( 1945-1985) par Rémy Gaudillier

A la Libération, le PC est une force politique incontournable, premier parti de France et le 1° à avoir présenté dès 1924 des femmes au suffrage électoral.

On peut distinguer 3 types de militantes dans sa mouvance,

1.les militantes de l’ UFF( Union des Femmes Françaises) qui aimeraient, par de là leur appartenance religieuse  et politique, toucher le maximum de mères et de femmes

2.les militantes syndicales de la CGT ou du SNI,et FEN en progression régulière, avec le nombre de salariées passé de 4 millions en 1962 à 8,9 en 1976 !  Mais toutes les cégétistes ne sont pas membres du parti..

3. les militantes du PC qui reste, et de loin ,jusqu‘à la fin du XX° siècle le parti le plus féminin. ;17 des 33 premières femmes élues députées en octobre 1945 sont communistes, 15 sur 19 en 1956 et 12 sur 18 en 1978. Toutefois, les adhérentes du parti restent longtemps nettement moins nombreuses que les hommes (10-12% en1947,32% en 1976).

            L’UFF naît le 24/ 12/ 1944,à initiative du PC,des comités féminins de la Résistance ,ceux de Saint Claude et Dole étant les plus actifs.A la Libération , LUF entend soutenir l’armée, former des citoyennes, aider les plus démunis ( enfants et vieillards) , se bat pour un ravitaillement décent et la reconstruction du pays sur la base du programme du CNR, Avec la guerre froide, le parti perd beaucoup de ses 1200 militantes de 1945, mais Femmes Françaises, sonhebdomadaire se vendrait  à 500 exemplaires avant sa fusion avec son mensuel Heures Clairesen 1956.

 L’UFF participe à la journée internationale des femmes (temps fort), aux revendications sociales et  aux campagnes contre les guerres coloniales et l’impérialisme et aux Congrès du mouvement

Parmi les militantes impossibles de ne pas citer Solange Camelin et Madeleine Jacquet sa présidente de 1948 à 1974 dont le départ de Lons semble accélérer le déclin du mouvement sur le Jura.

            Deux femmes seulement parmi les dirigeants de la CGT après la scission avecFO. Grâce aux secrétaires et militantes,(dont Nelly Petit  de la commission féminine) la direction de l’UD comprend 25% de femmes, le 5 décembre 1976.

Depuis 1956, les ouvrières de la CGT posent leurs propres revendications le 8 mars. Antoinette , leur hebdomadaire, aborde avec Chantal Rogerat, rédactrice en chef en 1969, des sujets de société à tonalité féministe, avant le licenciement de la rédaction en 1982 !

             Même souci des dirigeants de la fédération PC pour recruter des femmes et leur permettre d’accéder aux responsabilités. En 1964 , 5 militantes au comité fédéral outre Solange Camelin et Madeleine Jacquet membres du bureau ; en 1982 Marianne Lhuillier est élue secrétaire de la section de Dole, la plus importante du département(candidate aux cantonales de 1979, responsable de la cellule de la Zup, membre du courant Fisbin et est sur sa liste aux européennes de1984).

Après des déboires avec sa presse locale, le PC publie, dès novembre 1958, Regard sur le Jura, supplément de l’Humanité Dimanche. Avec mai 1968 se multiplient les articles de militantes traitant des difficultés des femmes au quotidien, illustrant la spécificité de l’exploitation des ouvrières et aspirant à une maternité choisie, puis revendiquant une nouvelle législation concernant l’avortement (27 mai 1973, 13 novembre 1974). Evelyne Rollet permanente à mi temps puis à temps complet en 1977, joue une rôle important dans cette conscientisation ; elle participe à 6 congrès nationaux et devient membre de la commission féminine nationale en 1979. Elle est licenciée après l’échec du PCF aux municipales de 1990, ce qui amène les bénévoles dont Solange Camelin à s’investir davantage.

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