Résumé de la prochaine séance

La prochaine séance de la Société d’émulation du Jura aura lieu le samedi 16 mai, à 15 heures, à GIZIA, à Châtel, aux « Maisons de Châtel » (dans la chapelle) :

 

Pierre HUET, Gizia, de la Conquête à la Révolution : « La plus libre Communauté du Comté de Bourgogne »

Après avoir rappelé le site de Gizia et l’évocation qu’en ont fait Stéphanie de Bourbon-Conti et Lequinio, l’intervention rappellera le mode de décision de la communauté telle qu’elle fonctionnait sous l’Ancien Régime.

Elle évoquera ensuite les relations avec la baronnie de Chevreaux, avec l’administration royale (notamment avec la maîtrise des Eaux et Forêts) et avec les communautés voisines (Rosay, La Biolée, Chevreaux).

L’évolution démographique sera décrite et évaluée grâce au dépouillement des registres paroissiaux.

La vie économique sera étudiée à partir de l’arpentement de 1768, qui énumère 2090 parcelles appartenant à 199 particuliers et indique propriétaires, surface, nature de l’utilisation des sols, moulins à farine, pressoir à noix et battoirs à chanvre. Nous verrons aussi les aménagements de routes et chemins indispensables à la vie locale.

Une dernière partie portera sur la paroisse et la transformation de l’église ainsi que sur les actions des habitants pour démembrer « la trop grande paroisse de Chevreaux ».

 

Stéphane GUYOT[1], La « maison » de Fay (Les Deux‑Fays, Jura), vestiges d’une motte castrale en Bresse jurassienne

 

La motte castrale de Fay se situe à Les Deux-Fays, dans la plaine de la Bresse jurassienne, entre Lons‑le‑Saunier et Dole. Elle s’inscrit dans un ensemble d’environ 160 mottes castrales recensées dans le Jura, dont la grande majorité se concentre en plaine. La motte de Fay se distingue par sa forme oblongue et sa superficie exceptionnelle d’environ 9 531 m², bien au-delà des dimensions habituelles de ce type de site (généralement entre 20 et 40 m de diamètre).

Le site est attesté dès le 2 novembre 1248, date à laquelle Jean de Chalon (dit « Jean l’Antique ») cède son domaine seigneurial — incluant la « maison » de Fay — aux moines de l’ordre de Grandmont. Le site passe alors d’une vocation castrale à une vocation cultuelle (prieuré). Il accueille une église et des bâtiments conventuels. Des mentions de ruines apparaissent dès 1561 et 1649, liées aux guerres et au manque d’entretien. L’ordre de Grandmont est supprimé en 1773. En 1793, les bâtiments sont vendus comme Biens nationaux. La commune acquiert le site en 1863, avant qu’il ne soit racheté par un propriétaire privé en 2018.

Le relevé topographique révèle une plateforme articulée en trois zones altimétriques : une butte sommitale au sud (point culminant à 215,23 m), une plateforme haute accueillant les constructions historiques, et une zone basse à vocation agricole ou d’accès. Large de 27,5 m et profond de 8,75 m par endroits, le fossé périmétral constitue l’élément structurant du site. Deux plans anciens (1758‑1760 et cadastre napoléonien de 1829) documentent l’évolution des constructions et du fossé en eau.

L’examen des bâtiments actuels, construits vers 1740, témoigne de nombreux remplois de pierres taillées issues de constructions antérieures. Les chaînages du corps principal et du pigeonnier comportent des moellons en calcaire jaune portant des traces de bretture, outil de taille caractéristique du XVe siècle, également visibles sur des pierres de ressaut chanfreiné en façade méridionale. Sur la façade septentrionale, un bloc de calcaire blanc rubéfié témoigne d’un incendie ayant affecté un bâtiment antérieur. La façade orientale livre quant à elle un bloc gravé d’une épigraphie gothique « XXX », possiblement issue d’une inscription funéraire.

La cave du corps principal présente un soubassement en bel appareil dont les liants diffèrent de la voûte en berceau qui le surmonte, suggérant les vestiges d’une construction plus ancienne dont le tracé a été repris au XVIIIe siècle. Enfin, l’annexe disjointe recèle dans son chaînage deux moellons à profil tore‑cavet, modénature typique des ouvertures monumentales médiévales, rattachés à un probable encadrement de porte d’église.

L’ensemble de ces éléments — bretture, modénatures et épigraphie gothique — oriente la chronologie de ces pierres vers le XVe siècle, constituant les indices archéologiques les plus anciens rattachables au prieuré de Grandmont.

La motte de Fay est clairement d’origine médiévale et anthropique. Sa taille singulière et son histoire complexe — passage rapide d’une fonction castrale à une fonction religieuse dès 1248 — en font un site atypique dans le paysage jurassien. Cependant, l’absence de fouilles archéologiques dans le sous‑sol limite la connaissance de l’occupation primitive. Seules des investigations permettraient de mieux comprendre les origines et la nature exacte de ce site.

[1] SGInvestigations Archéologiques – UMR 6298 ArTeHiS / Éveha

Jean-Luc Mordefroid († 20/10/2024), Service d’archéologie, musées et maison Rouget de Lisle